EMMANUEL ZURINI
Avec une incroyable intelligence des lignes et des formes, il sculpte automobiles, avions et bateaux off-shore, emprisonnant dans la matière l’objet de sa passion : la vitesse.
Le goût du beau, Zurini le possède indiscutablement. Directement issues de son imagination ou inspirées des délires de carrossiers géniaux, ses sculptures sont dépouillées de toute anecdote. Ce qu’il livre au regard, c’est l’essentiel, l’esprit même d’une automobile, ne retenant que son élégance et sa puissance.

Zurini, né en 1942, est un écolier de Prévert : des études brèves, la tête à la fenêtre et des dinky-toys plein les poches, il aime la course, il devient
photographe de grand prix, publie et expose. Une “figure” des motor-homes, qui se disputent sa silhouette colossale et rassurante, ses mots et l’offrande de son goût de la vie. Ce n’est pas suffisant à ce grand appétit.

A la vitrine du magasin Christofle, il reçoit le choc d’une voiture argentée de Folon, un briquet ! Cette dénaturation irrévérencieuse en un objet usuel de la vision idéale qu’il porte en lui d’un bolide de course l’incite à vérifier aussitôt son habileté manuelle et son idée du beau exercée auprès de son père peintre. Naît une première pièce qu’il jubile à pétrir et confie à un commissaire priseur séduit, les enchères grimpent.

Commence, à plus de trente ans, avec une apparente facilité, une carrière
heureuse qui tranche avec l’idée reçue de l’artiste “maudit” et peut alimenter la méfiance et les préjugés des amateurs. En fait, ce dilettante des paddocks est un Janus. Lorsqu’il prend dans ses bonnes mains les outils du tailleur de pierre, il poursuit une quête obsédante et acharnée de perfection des volumes, traçant fougueusement des épures simplifiées, tendant la nervure des lignes horizontales, affinant patiemment les contours, polissant et repolissant les surfaces “comme pour donner à la matière une transparence d’âme”, surveillant minutieusement les fontes, briquant les ors, jusqu’à obtenir une forme mystérieuse, l’expression synthétique d’une automobile et d’un rêve fulgurant de vitesse.
Ces bolides fluides sollicitent la caresse et restituent tactilement la
tendresse du geste créateur.

Zurini méprise le clinquant, et cependant excelle dans l’éclat doré du bronze qui suggère intensément le chaudron infernal de la machine et la
transfiguration lumineuse du mouvement. Simultanément, il emploie les
matériaux nobles, le bloc de marbre et le granit, exercice technique périlleux. La pierre a un sens, elle est débitée en fonction, toujours le même. Avec le volume, les veines apparaissent sous tous les angles. Au sculpteur d’harmoniser et d’équilibrer l’ensemble.

A l’heure de la maturité, Zurini peut entreprendre tous les élargissements : de l’oeuvre monumentale pour laquelle il a le tempérament et le souffle, aux ... bijoux, car ses mains de forgeron ont la délicatesse de l’orfèvre.

texte d’hervé poulain, extrait d’automobiles classiques


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Du 09/09/2010 au 09/10/2010
EXPOSITION DU PEINTRE KAPICA "PADDOCK"